Thomas n'a jamais su choisir, et il en a fait une force. Comédien qui joue de la musique, musicien qui monte sur les planches, il écrit ses spectacles, compose ses chansons, embarque les copains dans des projets qui partent d'un café et finissent sur une vraie scène. L'énergie, chez lui, ne manque jamais.
Sa compagnie existe depuis six ans. Enfin, « existe » : c'est un nom, un logo fait par une amie, une bande d'intermittents qui se retrouvent projet après projet. Sur le plateau, ça marche — les gens rient, applaudissent, en redemandent. Il y a du talent, une vraie patte, quelque chose à dire.
Le problème, c'est tout ce qui se passe une fois les lumières éteintes. Les dossiers de subvention qu'il remplit à minuit sans trop y croire. Les fiches de paie de l'équipe qu'il bricole en priant pour ne pas se tromper. Les contrats de cession qu'il signe en diagonale, parce qu'il n'y comprend pas grand-chose et qu'il a un peu honte de le demander.
À la fin de la saison, il fait les comptes et il ne comprend pas. Autant de dates, autant de salles pleines, et ce trou à la place des économies. Il a l'impression de ramer à contre-courant, de porter la barque tout seul, et de sentir qu'à la moindre grosse vague, tout peut couler d'un coup.
Il continue quand même. Parce qu'arrêter, ça, il ne sait pas faire.

